Claude ANDRIEUX

Directeur Général AE&T, Jardinier

Homme d'action et d'engagement, il met en oeuvre son expérience au service de ses équipes pour les faire grandir et ainsi aider son entreprise à consolider sa position de leader de son secteur.

Vous vous définissez comme jardinier, dites-nous en plus.

Ce qualificatif de jardinier ne vient pas de moi mais d'Isaac Getz, j'ai eu la chance de le rencontrer et de découvrir un excellent bourbon avec lui jusque tard dans la nuit...

On a parlé malt mais pas que, car l'entreprise où je sévis actuellement souffrait depuis trop longtemps.
Les hommes et les femmes (à parité totale, c'est rare) de cette entreprise méritaient de retrouver confiance ainsi qu'une place sur le marché où ils oeuvraient depuis 40 ans.

Nous nous sommes lancés dans une profonde mutation technologique mais aussi et surtout en changeant de façon de vivre et de travailler.
L'Agilité a profondément modifié nos équipes R&D puis contaminé le Marketing, la QHSE et nous entreprenons à présent un retournement complet de l'entreprise.
"Dans l'homme tout est bon" (JF. Zobrist).

Mon rôle est donc désormais de faire grandir les AE&Tiens, je suis donc jardinier et ça me va bien car en chacun de nous sommeille un paysan.
Sans tracteur ni pesticide ....
Qu'est-ce qui défini une entreprise "libérée" ?

Comme agilité, le qualificatif libéré a été dévoyé et a suscité des débats stériles...

Non les hommes et les femmes de notre entreprises n'étaient pas en prison mais plutôt infantilisés dans des tas d'actes quotidiens où le comment venaient de gens qui n'avaient que la théorie (et pas toujours) et le pourquoi étaient farouchement caché (à tel point que parfois il était perdu).

Le plus court des résumés d'une libération est de redonner du sens au travail.

Et pour travailler avec du sens, le comment vient de ceux qui font, ils savent pourquoi ils le font, ils sont responsables de leurs actes, c'est la meilleure des motivations, et quand on est motivé on prend son pied et on explose les compteurs (JF. Zobrist a dit le même truc mais dans l'autre sens qui est aussi bon...).

La spécificité culturelle française, avec son culte du chef et de la hiérarchie n'est pas un terrain propice à la libération, pourriez-vous nous donner un exemple de ce qui peut freiner le processus ?

Je ne crois pas que le culte du chef soit une spécificité française, c'est une simple sophistication des principes de domination et de servitude qui ont été universels.
On évite juste de nos jours de tuer les rebelles au culte. Derrière le culte du chef il y a surtout le fantasme du succès qui se mesure presque toujours en valeurs financières.
Le frein le plus fort dans les sociétés dites occidentalisées est en fait le refus d'admettre que les ressources nécessaires au progrès ne sont pas infinies et ce qui est pire que certaines sont déjà en pénurie comme l'eau.
C'est en fait un refus de la complexité que les organisations pyramidales ne savent d'ailleurs pas du tout appréhender.

Or presque tous les actes que nous commettons désormais ont des conséquences de plus en plus complexes.

Comme c'est trop compliqué et que nous avons surtout été éduqué pour réussir, il est plus facile d'ignorer ce qui se passe en aval.
J'aspire à ce que nous apprenions à nous tromper, à le faire ensemble mais surtout à contrôler nos ambitions pour atteindre une sorte de frugalité joyeuse.

à votre tour, si vous pouviez poser une question aux futurs participants d'Agile Pays Basque, qu'elle serait-elle ?

Avez vous le sentiment de faire changer la société en agilisant les pratiques collectives ?

Merci pour le temps accordé, on attends impatiemment votre intervention à Agile Pays Basque.